Les vidéos courtes aident-elles à apprendre ? Ce que dit la recherche

Plutôt oui : les vidéos courtes retiennent l’attention, et une leçon découpée en segments cohérents s’apprend mieux. Mais la brièveté seule ne suffit pas.

Par l’équipe Chasca 8 min de lecture

Vous préférez regarder ? Chasca a dessiné et narré cette vidéo à partir de l’article. La voix off est en anglais. Lire la transcription

Les vidéos courtes aident à apprendre quand chacune forme une partie complète et ciblée d’une leçon. Elles retiennent bien mieux l’attention que les vidéos longues, et une leçon découpée en segments cohérents est mieux retenue et mieux appliquée. Mais plus court ne veut pas automatiquement dire mieux : à contenu égal, les résultats aux tests passés juste après le visionnage diffèrent parfois à peine, et un fil de courts clips sans lien entre eux peut même nuire à la mémoire. Voici ce que montre la recherche, et ce qu’elle ne montre pas.

Si vous cherchez la durée à viser pour un type de vidéo précis, consultez notre article sur la durée idéale d’une vidéo explicative. Celui-ci passe en revue ce que la recherche dit du format court.

Regarde-t-on les vidéos courtes jusqu’au bout ?

Bien plus souvent que les longues. Présentée par ses auteurs comme la plus grande étude à ce jour sur l’engagement face aux vidéos, une analyse a porté sur 6,9 millions de sessions de visionnage dans quatre cours edX. Voici ce qu’ont constaté Philip Guo, Juho Kim et Rob Rubin :

  • Le temps médian passé devant une vidéo ne dépassait pas six minutes, quelle que soit sa durée.
  • Les étudiants s’arrêtaient souvent avant la moitié des vidéos de plus de neuf minutes.
  • Les vidéos les plus courtes retenaient le mieux leur public. Pour les vidéos de trois minutes ou moins, 75 % des sessions duraient plus des trois quarts de la vidéo.
  • Moins de gens tentaient de répondre à la question qui suivait les vidéos plus longues : 56 % pour le groupe le plus court, contre 31 % pour le plus long.

Les auteurs signalent clairement deux limites. L’étude mesure l’engagement (temps de visionnage et tentatives de réponse), pas l’apprentissage : pour eux, l’engagement est une condition préalable à l’apprentissage, pas la même chose. Et il s’agit d’une analyse rétrospective de quatre cours de mathématiques et de sciences, pas d’une expérience contrôlée.

Pourquoi apprendrait-on plus facilement avec des morceaux plus courts ?

Parce que la mémoire de travail est limitée. Dans sa revue de la littérature, Nelson Cowan évalue sa capacité à environ trois à cinq blocs d’information porteurs de sens chez le jeune adulte. Une longue explication d’un seul tenant peut donc obliger à jongler avec plus d’éléments qu’on ne peut en garder en tête à la fois.

Dans sa synthèse des recherches sur la vidéo pédagogique, Cynthia Brame présente la segmentation comme un moyen de gérer cette charge. Des vidéos plus courtes, ou des chapitres et des questions au sein d’une vidéo plus longue, permettent d’assimiler une petite quantité d’informations nouvelles à la fois, puis de décider quand passer à la suite. D’où la vraie question : non pas savoir si une vidéo est courte, mais si chaque morceau est assez petit pour être assimilé, et assez complet pour avoir un sens à lui seul.

Les vidéos plus courtes font-elles mieux apprendre, ou seulement regarder davantage ?

Quand les chercheurs comparent directement différentes durées, le gain dû à la seule brièveté paraît modeste. Dans une étude menée dans deux classes inversées de sciences au collège, Krista Slemmons et ses collègues ont comparé des vidéos de cours longues et courtes. Les résultats aux tests passés juste après les vidéos étaient légèrement meilleurs après les vidéos courtes, mais l’écart n’était pas significatif. La rétention à plus long terme était meilleure après les vidéos courtes chez les garçons et chez les élèves présentant des troubles des apprentissages, et les élèves disaient se sentir plus impliqués et plus concentrés avec les vidéos courtes.

Les vidéos courtes augmentent donc les chances que les gens regardent, restent concentrés et reviennent. Quant à savoir s’ils apprennent davantage, tout dépend de ce qui se passe dans chaque vidéo, et entre les vidéos.

Que montre la recherche sur la segmentation ?

Les preuves les plus solides concernent la segmentation : découper une leçon en morceaux cohérents que l’apprenant parcourt à son rythme. Une méta-analyse de 56 études menée par Günter Daniel Rey et ses collègues a mis en évidence des gains faibles à moyens, à la fois sur la rétention et sur le transfert (l’application de ce qu’on a appris à de nouveaux problèmes), ainsi qu’une charge cognitive plus faible. Les leçons segmentées prenaient aussi plus de temps : une partie du bénéfice tient donc peut-être simplement au temps supplémentaire pour assimiler chaque morceau.

Deux détails comptent :

  • Les segments doivent avoir un sens. L’effet est défini pour des segments « porteurs de sens et cohérents », pas pour des coupes arbitraires toutes les minutes.
  • L’apprenant doit maîtriser le rythme. En passant en revue un numéro spécial consacré à des expériences sur la vidéo pédagogique, Logan Fiorella et Richard Mayer ont rangé la segmentation contrôlée par l’apprenant parmi les caractéristiques qui amélioraient l’apprentissage, alors que le simple ajout de pauses tout au long d’une vidéo n’avait pas cet effet.

Les quiz entre deux vidéos courtes sont-ils utiles ?

Oui, et c’est peut-être là que les vidéos courtes trouvent l’essentiel de leur intérêt. Dans une étude menée à Harvard, Karl Szpunar, Novall Khan et Daniel Schacter ont découpé un cours de statistiques enregistré de 21 minutes en quatre segments d’environ cinq minutes et demie. Les étudiants qui répondaient à un court quiz après chaque segment déclaraient avoir l’esprit ailleurs lors de 19 % des vérifications, contre 41 % pour ceux qui faisaient des exercices de calcul entre les segments. Ils prenaient plus de notes, et ont obtenu 90 % au test final, contre 68 %.

Des segments courts créent des moments naturels pour poser une question. Une longue vidéo s’arrête rarement pour demander quoi que ce soit. C’est d’ailleurs l’effort de retrouver une réponse qui fait d’une question une meilleure conclusion qu’un résumé, comme nous l’expliquons dans pourquoi les vidéos sur tableau blanc fonctionnent.

Le microlearning fonctionne-t-il ?

Le « microlearning » (ou micro-apprentissage) désigne en général un apprentissage par petites unités, quelques minutes à la fois. Les preuves sont encourageantes, mais encore minces. Une revue exploratoire de 2019 portant sur 17 études consacrées à la formation des professionnels de santé a relevé des effets positifs sur les connaissances et la confiance des étudiants. Mais le terme n’a pas de définition qui fasse consensus, et la plupart des études mesuraient la réaction des apprenants (16 sur 17) ou ce qu’ils savaient ensuite (14 sur 17). Cinq seulement ont examiné des changements de comportement, et aucune n’a mesuré les résultats au niveau le plus élevé du modèle d’évaluation utilisé par les auteurs de la revue. Ceux-ci relèvent aussi des inconvénients, dont l’inégalité d’accès aux outils numériques et des questions de protection de la vie privée.

Quand le format court n’est-il pas le meilleur choix ?

  • Quand il devient un fil d’actualité. Dans une expérience menée en 2023 auprès de 60 personnes, Francesco Chiossi et ses collègues ont constaté qu’après avoir regardé de courtes vidéos TikTok, les participants se souvenaient moins bien d’une tâche qu’ils avaient prévu d’accomplir, ce qui n’était pas le cas avec Twitter, YouTube ou un temps de repos. Les auteurs mettent en cause la combinaison de vidéos courtes et de passages rapides d’un sujet à l’autre, sans lien entre eux. Une courte leçon qui s’inscrit dans une suite n’a rien à voir avec un défilement sans fin.
  • Quand un sujet est haché en fragments. Les segments aident quand chacun forme une unité qui a du sens. Dix clips décousus ne font pas une leçon.
  • Quand on revient vérifier quelque chose. Dans les données de Guo, les étudiants ne regardaient les tutoriels que deux à trois minutes, quelle que soit leur durée, mais les revoyaient plus souvent que les cours. Pour un contenu pratique, être facile à parcourir et à revoir compte davantage qu’être court.

Qu’est-ce que cela change si vous créez des vidéos ?

  • Expliquez une seule idée par vidéo, et faites une série pour tout sujet plus vaste.
  • Restez sous les six minutes, et généralement bien en dessous. Les durées par usage sont détaillées dans la durée idéale d’une vidéo explicative.
  • Terminez chaque partie par une question à laquelle le spectateur répond de mémoire.
  • Rendez chaque partie autonome, avec son propre début et sa propre fin, pour qu’on puisse revoir celle dont on a besoin.
  • Présentez la série dans l’ordre, et indiquez la place de chaque partie.

Pour la formation en entreprise, notre guide pour créer des vidéos de formation traduit tout cela en étapes, et celui pour créer des vidéos pour un cours en ligne fait de même pour les cours.

Si vous créez vos vidéos avec Chasca, les mêmes principes s’appliquent. Chasca découpe chaque vidéo en scènes, chacune dessinée au rythme de la narration, crée des vidéos de 30 minutes maximum avec les offres payantes, racontées en chapitres au-delà de six minutes avec un récapitulatif après chacun, et termine chaque vidéo par une question. La page d’exemples présente des résultats, et Chasca pour l’éducation montre comment les enseignants l’utilisent.

Sources

Transcription de la vidéo Ce que dit le narrateur dans la vidéo explicative de 1:24 ci-dessus.

Do short videos help people learn? Mostly yes—when each is a complete, focused piece. Think of packing lunch: one complete meal per box, not scattered bites. Across 6.9 million viewing sessions in four edX courses, the shortest videos held attention best. But watching isn't learning.

Working memory is what you hold in mind right now. For young adults, it fits about three to five meaningful chunks. Pack one complete idea per lunchbox, and let viewers choose the next. A meta-analysis of 56 studies found better remembering and applying, though segmented lessons took longer.

In one classroom study, immediate scores barely differed by video length. Students quizzed between sections in a Harvard study scored 90% on the final test, against 68% for students doing arithmetic. Unrelated short clips can hurt memory. What makes a short lesson easier to learn? Complete parts you control and recall.

Questions fréquentes

Elles retiennent bien mieux l’attention, et une leçon découpée en segments cohérents, que l’on parcourt à son rythme, s’apprend mieux. Mais à contenu égal, les résultats aux tests passés juste après le visionnage diffèrent parfois très peu. Les vidéos courtes sont donc surtout utiles quand chacune forme un tout complet et ciblé, qui se termine par une question.

Moins de six minutes environ. D’après 6,9 millions de sessions de visionnage sur edX, le temps médian passé devant une vidéo ne dépassait pas six minutes, quelle que soit sa durée, et les étudiants s’arrêtaient souvent avant la moitié des vidéos de plus de neuf minutes. Pour une seule idée, une à trois minutes suffisent généralement.

Les preuves sont prometteuses, mais encore minces. Une revue exploratoire de 2019 portant sur 17 études consacrées à la formation des professionnels de santé a relevé des effets positifs sur les connaissances et la confiance. Mais la plupart des études mesuraient la réaction des apprenants et ce qu’ils savaient juste après, plutôt que leur comportement à long terme, et le terme n’a pas de définition qui fasse consensus.

Les enchaîner en continu, peut-être. Dans une expérience menée en 2023 auprès de 60 personnes, celles qui avaient regardé de courtes vidéos TikTok se souvenaient moins bien d’une tâche qu’elles avaient prévu d’accomplir, ce qui n’était pas le cas après Twitter, YouTube ou un temps de repos. Les auteurs mettent en cause le passage rapide d’un clip à l’autre, sans lien entre eux, ce qui n’a rien à voir avec le fait de regarder une courte leçon.

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